(Re)Vivre après un lymphome : Karine

Je m’appelle Karine Tellier, j’ai 51 ans et je vis à Nantes depuis 2015.

En 2015, je décide de quitter la Savoie avec ma fille pour rejoindre mon amoureux qui réside à Nantes. Je suis au chômage à cette époque. Et pleine d’espoir néanmoins. J’ai de l’expérience, un master II récemment obtenu et reconnu dans le milieu culturel. Je me dis donc que je vais rebondir rapidement dans cette ville ayant une politique culturelle forte.

(un an auparavant, j’avais repris mes études en formation continue et bossé comme une folle pour obtenir un master II « Direction de projets culturels ». J’avais déjà une expérience autodidacte dans ce domaine. Je développais des projets et j’étais programmatrice culturelle. Parallèlement, j’étais graphiste, chargée de comm également dans des collectivités territoriales, un couteau suisse en quelque sorte. Et je me disais qu’avec ce diplôme en poche, j’allais trouver le job de mes rêves dans le milieu culturel…)

En juillet 2015, la veille de mon départ, j’apprends que j’ai un lymphome de hodgkin. L’hémato me dit que c’est un tout petit lymphome et que dans trois mois, j’aurais tout oublié…

Dès mon arrivée à Nantes, je suis prise en charge par le CHU. Je ne cherche pas à comprendre. Je subis. Chimio, radiothérapie…

Huit mois plus tard, on m’annonce ma rémission. Mes proches espèrent que je vais reprendre rapidement le cours de ma vie très vite… et moi aussi… Mais c’est difficile. Ce fut un véritable tsunami émotionnel et physique. Mon corps et mon esprit sont épuisés.

Je me réinscris à Pôle Emploi… C’est la galère. Je ne suis pas prête. Mais j’essaye de rebondir coûte que coûte. C’est la première fois que je galère pour décrocher un job… Je ne pense pas à m’arrêter, ce n’est pas dans mes habitudes… Et puis on m’avait dit que trois mois plus tard, tout allait rentrer dans l’ordre…. En fait, l’après-cancer fut plus dur que les traitements…

Alors je décide de me faire du bien en attendant de trouver l’emploi qui va bien. Je cherche ce qui m’animait enfant. J’ai un souvenir qui remonte : un atelier poterie dans un centre aéré. Alors je décide de m’inscrire dans un atelier de sculpture. Là, c’est le bonheur absolu… je tombe sur un artiste formidable. J’apprends à modeler. La sculpture demande de la présence, de la concentration. Exactement ce qu’il me faut… Et ce plaisir de créer des corps alors que le mien m’a lâché… c’est une belle revanche…

Je prends des cours pendant un an et demi. C’est un des rares moments où je lâche prise, où je ne pense pas à la récidive. Je vais finir par décrocher un emploi aidé comme « chargée de projets culturels » pendant huit mois. Et à nouveau le chômage… Longue durée… Je n’arrive quasiment plus à décrocher un entretien. J’ai 51 ans… Un joli trou dans mon CV… Et nous sommes jusqu’à 200 candidats par poste à pourvoir… Je n’y crois plus…Je dois me résoudre à trouver un boulot alimentaire alors que j’ai toujours eu des métiers « passion ». Je trouve cela injuste… et je suis triste…

Parallèllement à cette difficulté de rebondir professionnellement, je continue à me faire plaisir… j’apprends d’autres techniques de la terre, notamment le raku, et c’est la révélation…

J’ai commencé à sculpter des femmes. Des femmes sans cheveux… J’ai imaginé ces femmes qui auraient subi une rude épreuve et qui auraient retrouvé la paix. Elles ont les yeux clos, elles sont sereines, je les imagine puissantes. La technique du raku donne un effet craquelé sur ces femmes, comme des cicatrices laissées par les épreuves de la vie…

J’ai eu des retours extrêmement positifs sur ces bustes. Mes proches me disent que j’ai du talent et que je devrais continuer à produire et me faire connaître.

Mon amoureux (un homme en or) qui a été extrêmement présent et attentionné lorsque j’étais malade m’encourage à continuer, à me lancer dans ce domaine professionnellement. Alors c’est en cours.

Nous allons déménager bientôt, une petite maison au bord de l’Erdre à Nantes où je vais avoir mon atelier. Je suis en train de fabriquer d’autres femmes et parallèlement en train de me faire un site internet pour me faire connaître. Et puis je continue à me former à d’autres techniques de céramique par ci, par là pour avancer dans mon art.

Je ne sais pas si je pourrais en vivre un jour, mais cette passion me rend tellement heureuse. Mon amoureux me soutient. Je ne me suis jamais aussi à ma place qu’en ayant les mains dans la terre… Sans cette fichue maladie, je saurais sans doute passé à côté de cette passion…

 Parallèlement à mes sculptures, j’envisage de me former à l’arthérapie. Je viens de déposer mon dossier mais je sais d’ores et déjà que Pôle Emploi refuse de me financer. Ce n’est pas grave, je trouverai bien un moyen de contourner ça…

Mon rêve ultime : avoir un atelier flottant (Nantes est une ville d’eau) où je pourrais à la fois avoir mon atelier céramique et accompagner des femmes qui ont eu une douloureuse épreuve comme celle du cancer sur le chemin de la résilience, grâce à l’arthérapie. Mon médium sera l’argile bien sûr.

Et puis ce lieu serait propice à faire intervenir d’autres professionnels: comme des profs de qi qong (je pratique depuis mon lymphome et j’adore…), de yoga, etc… Bref une véritable bulle de bien-être sur l’eau pour mieux rebondir…

 Voilà, quatre ans après, je vois la lumière au bout du tunnel… J’ai un amoureux et une fille formidables… C’est tellement bon….

Un commentaire sur “(Re)Vivre après un lymphome : Karine

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  1. Tu vas réussir …
    tu as du talent.
    Beaucoup de talent-s.
    Je suis certaine que je viendrai un jour naviguer sur ta barge.
    Je sais que ce sera coloré et vivant.
    Tu donnes vie à tes rêves.
    Je suis tellement fière de toi, de ma copine, combative et nourrie de projets et d’idees.
    Tellement … que j’étais sûre qu’un jour, l’un d’entre eux prendrait vie.
    Luv U

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