Comment j’ai réussi à trouver du positif dans cette épreuve

Lorsque la maladie nous tombe dessus, qu’on le veuille ou non, les choses changent. Rien ne sera plus jamais comme avant car on ne peut pas revenir à sa vie « d’avant cancer ». Après le passage inévitable du questionnement et de la remise en question, on décide de changer un certain nombre de choses dans sa vie ; tout d’abord parce qu’on n’a plus le même état d’esprit ; la maladie nous a ouvert les yeux et on a revu nos priorités. C’est sûr qu’être confronté à la mort nous amène à vivre différemment et à en profiter car maintenant on sait à quel point la vie est courte et que tout peut s’effondrer du jour au lendemain. Et puis on change aussi son hygiène de vie, on essaye de manger plus sainement, plus équilibré, de faire plus attention à tout ce qui nous entoure pour aussi éviter la rechute (et essayer de tirer des leçons du passé). En ce qui me concerne, je pense que ma vie a radicalement changée. J’ai essayé d’en tirer du positif même si ce n’est pas toujours évident mais c’est mieux de voir le bon côté des choses. Bien sûr, certaines choses qui ont changé ne sont pas de ma volonté mais c’est sûrement mieux ainsi…

Tout d’abord (et très vite après l’annonce de la maladie), j’ai vu le vrai visage des gens. C’est d’ailleurs, je pense le changement le plus difficile à vivre et le plus douloureux. Personne n’a envie de se sentir seul dans ces moments, d’être mis à l’écart, d’être incompris. Pourtant, j’ai constaté que certaines personnes ont mis de la distance lorsqu’elles ont appris ma maladie pour finalement s’éloigner complètement. Certaines personnes qui m’étaient proches et amis depuis de nombreuses années n’ont pas su être là alors que je pensais pouvoir compter sur elles (et que j’avais besoin d’elles et de leur soutien). A l’inverse, des personnes que je connaissais à peine se sont révélées un vrai soutien et ont su trouver les mots ou, les petites attentions qui font du bien. Parfois, ce n’est pas grand-chose mais c’est un petit truc qui fait toute la différence et qui vous touche. Je me souviens en particulier d’une amie (on est amie depuis toujours et je pense que ça ne changera pas) qui est venue me rendre visite à la fin de ma 1ère chimio et qui a ramené un plateau (énorme!) de fruits de mer pour le déjeuner (je me suis régalée). C’est une attention qui m’a beaucoup touchée car on a pu passer un bon moment à discuter comme si de rien n’était. Lorsque je sortais pour faire quelques courses (ce qui était rare car j’étais assez faible), les commerçants de mon quartier avaient toujours un mot gentil ou une parole encourageante quand ils me voyaient et ça faisait chaud au cœur.

J’ai aussi constaté à quel point les gens en général sont intolérants et donneurs de leçon (un trait typiquement français je pense) car je détestais la façon dont les gens me dévisageaient quand je sortais avec mon foulard (certains ont même cru que je m’étais converti) ; c’était un mélange de pitié, de curiosité malsaine et aussi de peur (comme si j’allais les contaminer!).

J’ai donc vu le vrai visage des gens et bien sûr il y a eu beaucoup de déception et de colère mais au moins j’ai compris que cela ne servait à rien de perdre du temps et que je m’étais trompé sur ces personnes.

Le point le plus positif dans tout ça je pense, c’est que j’ai arrêté de fumer définitivement. Je n’avais jamais trouvé la motivation nécessaire pour arrêter de fumer mais là je n’en ai pas eu besoin : j’ai arrêté le jour de ma 1ère chimio (le 8 avril 2016). Le cocktail cancer + chimio + hospitalisation m’a passé l’envie de fumer. Je n’ai donc pas trop ressenti le manque, bien que je n’ai pas utilisé de patch ou autre substitut. Pourtant je fumais presque un paquet par jour et, j’ai fumé la moitié de ma vie (soit pendant 18 ans!). Comme quoi rien n’est impossible et tout est une question de mental. Bon, j’avoue que quand même parfois j’ai encore cette envie de fumer mais je ne vais pas craquer, ma motivation est en béton !

Contre toute attente, je me suis mise au sport (je n’en reviens toujours pas ! Et j’aime ça en plus !). Il faut savoir que je n’étais pas du tout sportive et que j’étais dispensée de sport depuis l’âge de mes 12 ans (un problème aux genoux qui m’a déjà valu 2 opérations)! Je me souviendrais toujours lors de l’annonce du diagnostic quand l’hématologue et l’infirmière de coordination m’ont dit que je devais faire du sport pendant les traitements. Je me suis dit que je n’en faisais pas avant alors avec un cancer ce serait impossible….. Pourtant, je mis suis mise au sport tant bien que mal. Au départ, j’étais tellement affaibli que 5 min par jour relevait du miracle. Mais, très vite je me suis rendue compte des bienfaits de cette activité physique quotidienne : atténuer la fatigue, détendre les articulations, la souplesse, le renforcement musculaire, enlever les crampes musculaires, etc.

Une fois les traitements finis, j’ai repris le sport avec la Ligue contre le Cancer. Cela permet de se dépasser et de voir l’évolution de semaine en semaine. Et puis, c’est plus sympa en groupe et plus motivant ; surtout qu’on est tous dans la même galère…Et bien sûr je continue les exercices à la maison : je fais en sorte de faire 30 min d’activité physique par jour.

Je pense que tout ça permet de développer de nouvelles qualités. Tout d’abord la patience, car il en faut pendant la maladie. On passe notre temps à attendre ; pour les examens médicaux, pour la chimio, pour les diagnostics, etc. Il faut aussi accepter de faire confiance aux médecins (tout remettre entre leurs mains), ne pas tout contrôler (les effets de la chimio sont imprévisibles).

Je pense aussi que l’on apprend à connaître d’autres personnes (rencontrer des gens durant la maladie). Pour ma part, cette expérience avec la maladie m’a permis de beaucoup plus m’ouvrir aux autres et d’avoir envie d’être utile, d’aider. J’avais déjà eu envie de faire du bénévolat dans le passé mais là j’ai voulu le concrétiser et c’est donc tout naturellement que je me suis tournée vers La Ligue contre le Cancer. C’est en quelque sorte un échange de bon procédé ; ils m’ont aidé (et m’aident encore beaucoup) et moi je leur donne de mon temps pour diverses actions (stands de préventions, actions pour récolter des fonds, aide aux malades). Etre confrontée à la maladie m’a rendu plus forte alors autant l’utiliser car avant j’aurais été incapable de rendre visite aux malades à l’hôpital. Mais, la solitude de certaines personnes à l’hôpital m’a tellement choquée et attristée que j’ai voulu essayer, le temps d’un moment, de leur apporter un peu de compagnie. Et cette expérience est tellement enrichissante aussi pour moi ; on y rencontre des gens formidables, avec un courage énorme, une philosophie de vie incroyable.

J’ai aussi appris à relativiser ; je me dis que certaines choses ne sont pas si graves et que ce n’est pas la peine de se prendre la tête pour ça. J’ai aussi revu mes priorités ; ce que je veux et ce que je ne veux plus. Je ne veux plus par exemple de personnes négatives dans mon entourage parce que je me dis que quand on veut vraiment quelque chose, il faut se donner les moyens, même si ce n’est pas toujours facile, de façon à l’obtenir. C’est sûr que si on reste dans son canapé à pleurnicher on n’obtiendra rien…..

Je fais plus attention à mon hygiène de vie. En ce qui concerne l’alimentation, je mangeais plutôt équilibré. Depuis la maladie, je suis beaucoup plus vigilante (déjà parce que je suis un peu au régime avec les 12 Kg que j’ai pris pendant les traitements). Je fais attention aux apports en protéines, lipides, glucides ainsi qu’au PH afin d’équilibrer tout ça. Je limite le sucre et le sel (mais c’était déjà le cas avant). Je ne mange quasiment plus de viande rouge (c’est très exceptionnel), plus d’aliments transformés, je fais attention aux produits frais que j’achète (pas toujours bio mais je suis vigilante sur la provenance car on sait que la réglementation des pesticides n’est pas la même partout). Pour ce qui est du Mac Do ou Burger King et autre mal bouffe, je n’y vais que très rarement (et au moins quand j’y vais, je savoure mon hamburger), je limite les sodas au maximum (d’ailleurs je n’ai que de l’eau ou du jus de fruit chez moi), les frites je n’en mange qu’au resto ou au Mac Do….. Bien sûr, j’ai augmenté ma consommation de légumes et de fruits (mais avec modération car c’est quand même du sucre). Je fais beaucoup plus attention aux produits que j’utilise. Dans les cosmétiques, je regarde la composition et je suis vigilante (du moins j’essaye) sur les perturbateurs endocriniens. Je privilégie les produits bio pour le maquillage quand c’est possible et je n’achète plus que mes soins à la parapharmacie en vérifiant la composition.

Je n’utilise plus de produits ménager mais uniquement des choses naturelles comme le bicarbonate, le savon noir, le vinaigre ou du bio (pour la lessive, le lave-vaisselle, le savon par exemple). De toute façon, pendant les traitements, lorsque je faisais mon ménage, je devais porter systématiquement des gants sinon mes mains se mettaient à blanchir, à peler, à être toutes fripées, etc. Je me suis alors dis que ça devait être bien toxique pour que ça réagisse autant avec la chimio. En plus, je ne supportais plus les odeurs des produits chimiques et je portais un masque tellement ça m’insupportais. Je pense que l’arrêt de la cigarette associée à la chimio à du développer mon odorat car encore maintenant, je suis très vite incommodée par la moindre odeur (et ça me donne très vite la nausée). Au final, les bonnes vieilles techniques de grand-mère se révèlent être beaucoup moins chères mais surtout plus efficaces que tous ces produits chimiques. Je fais des associations avec des huiles essentielles et les résultats sont extraordinaires (surtout pour nettoyer et raviver les joints de la salle de bain!).

Et le dernier point (et pas des moindres), c’est que j’apprends (encore maintenant parce que ce n’est pas toujours facile) à écouter mon corps. Je m’accorde du temps pour moi, je dis non quand je sens que ça va être trop fatiguant et que je n’arriverais pas à suivre. C’est assez difficile et parfois frustrant car notre corps n’est plus aussi résistant qu’avant et il faut donc le préserver. C’est donc important de faire en fonction de lui et de l’écouter. Et puis, c’est plus rassurant aussi, car comme ça on peut aussi déceler quand un truc ne va pas.

Tous ces changements sont parfois effrayants et il y a des jours où j’aimerais retrouver ma vie d’avant, juste pour cette insouciance et cette naïveté que j’avais mais, malgré les épreuves (et bien que certains points restent à régler encore) je préfère ma vie d’aujourd’hui et celle que je suis devenue grâce au cancer et à toutes les épreuves que ça a entraîné dans ma vie. C’est un peu comme une tornade qui a tout ravagé sur son passage et il faut reconstruire mais en plus solide et en mieux. Et puis, « What doesn’t kill you, make you stronger » (comme disait la chanson).

 

Un commentaire sur “Comment j’ai réussi à trouver du positif dans cette épreuve

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  1. Cet article décrit exactement ce que j’ai ressentie et vécue…merci de mettre des mots sur tout ça. Pour ma part, en plus, j’ai tellement cherché ce que j’avais fait de pas correct dans ma vie pour obtenir ce Cancer…et j’ai abandonné car j’en aurai jamais la réponse…mais je voulais fortement la connaître pour changer ce qui m’avait emmenée là, éviter une recidive possible. Mais trouver la vrai cause de Hodgkin c’est pas possible pour le moment! Une chose est sûre, je ne suis pas responsable de ça!

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