Interview de Léa et Vincent, créateurs du site « Malades de sport »

Léa et Vincent, deux jeunes journalistes ont lancés récemment leur site « Malades de sport » qui parle du rôle bénéfique du sport dans le traitement des maladies (cancer mais aussi maladies chroniques).

Leur projet est né de leur expérience personnelle puisque Vincent a eu un lymphome en 2016 et que le sport l’a aidé  durant ses traitements au point de courir  un marathon !

 – Pouvez vous vous présenter tous les 2 ?

Léa : J’ai 26 ans, et suis originaire de Versailles, dans les Yvelines. J’ai rencontré Vincent à l’ESJ Pro, une école de journalisme en alternance à Montpellier. Je travaillais chez Ouest-France, dans les Côtes-d’Armor puis à Rennes, à plus de 1000 km de lui, pendant deux ans qui m’ont permis de savoir le type de journalisme que je voulais faire : du format long, affranchi des contraintes d’espace et du suivi de l’actualité. C’est avec cette envie que nous avons eu l’idée de créer maladesdesport.fr Côté sport, je montais à cheval et participais à des concours. Quand j’ai dû arrêter, c’est la compétition qui m’a le plus manqué, ce que j’ai retrouvé en course à pied.

Vincent : J’ai 24 ans, et suis originaire d’un petit village près de Lisieux dans le Calvados. J’ai beaucoup voyagé pour les études entre Saint-Lô (50), Grenoble (38), Vichy (03) et enfin Montpellier (34) où j’ai été diplômé, avec Léa, de l’ESJ Pro, une école de journalisme. Je travaillais en alternance au Dauphiné Libéré dans la Drôme. J’ai envie de faire ce métier depuis que je suis adolescent. Malheureusement j’ai été un peu freiné par un cancer détecté en août 2016. Mais depuis, grâce à Léa, j’ai repris le chemin de l’écriture. Le sport, et notamment le vélo, que je pratique depuis mes 8 ans, fait de nouveau partie de mes priorités.

 

– En 2016, Vincent, tu as appris que tu avais un lymphome de Hodgkin. Comment ça s’est passé ?

Vincent : En août, nous étions en vacances dans le sud, à Antibes. Depuis 10 mois, j’avais des démangeaisons et des sueurs nocturnes, ainsi qu’un souffle d’asthmatique dès que je grimpais un escalier. J’ai dû voir 3 médecins avant que l’on me demande de faire des examens plus poussés. A Antibes, on reçoit un coup de téléphone, et on me demande de revenir au CHU de Valence assez vite, car je vais « devoir commencer la chimio ». Je n’étais pas au courant du diagnostic. Mais j’ai compris assez vite. C’était donc une maladie de Hodgkin, à un début de stade II.

Léa : Cela faisait un mois que l’on attendait les résultats de la biopsie de Vincent. Un scanner avait déjà montré une masse de ganglions entre les poumons, dans le médiastin. Personne n’en parlait vraiment à Vincent, pour ne pas l’inquiéter, ce qui lui a permis de garder espoir pendant ces longues semaines d’attente, mais la surprise a été plutôt mauvaise… Moi, on m’a beaucoup mise en garde : notre école, qui m’a laissée l’accompagner pour ses examens en juillet, et certains proches de Vincent, ont voulu me « préparer » à ce qui allait suivre l’annonce. On me disait de ne pas pleurer devant lui, que l’année qui arrivait allait être très difficile…

– Durant les traitements tu as continué à pratiquer le sport et en particulier la course. Comment as tu fait ? Penses tu que le sport t’a aidé ?

 

Vincent : La petite histoire, c’est que je suis allé voir un radiologue, en attaquant la chimio. Il m’a prévenu des effets secondaires du traitement et notamment du fait que les rayons pourraient me détruire une partie des cellules saines de mes poumons (la tumeur était au niveau du médiastin). Selon lui, il se pourrait qu’un jour, je perde des capacités respiratoires. En rigolant, il prévient que je ne pourrais peut-être pas « courir de marathon, mais que l’on en vit très bien quand même ». Alors j’ai appelé Léa, j’étais vraiment triste. Je pense même que c’était encore plus dur à encaisser que le cancer. Pour ce dernier, les chiffres de guérison étaient encourageants, et j’avais pris l’avantage psychologique deux ou trois jours après l’annonce de la maladie.

Donc Léa me répond : « Tant pis, on va s’entrainer comme si tu allais courir un marathon ». J’ai fait des petites sorties dès la première chimio. Vingt minutes, puis une demi-heure, puis une heure. Je progressais assez vite. Le plus important, c’est que les effets secondaires des traitements s’évacuaient beaucoup plus vite au fur et à mesure des entrainements. Vers la fin de ma chimio, là où les médecins m’avaient prévenus que je serais plus faible, j’étais en forme, j’avais cette chance. Au fond de moi, je sais que c’est le sport qui m’a fait du bien. Je retrouvais mon corps, donc j’étais heureux. Physiquement, il a dû se passer quelque chose également. Mon corps me répondait à peu près comme je voulais. Pour un sportif, c’est le principal. Il nous a suffit de lire des études scientifiques pour comprendre qu’effectivement, l’activité physique est recommandée pour les cancéreux, et que cela améliore la fatigue, les effets secondaires et surtout la récidive. Je n’avais donc pas de raisons de me priver.

 

– Combien de jours après l’injection de la chimio reprenais tu l’entraînement ?

 

Vincent : Durant les premières chimio je m’entrainais 4 jours après. Il m’étais difficile de me bouger pendant ces journées, j’étais trop faible. Mais j’ai essayé parfois, et je dois dire que cela me faisais du bien, après coup. Vers la fin du traitement, je courais 2 jours après les injections. Voire le lendemain parfois.

Léa : On se rendait compte que, lorsqu’il courait, il supportait mieux les traitements.

 

– L’entraînement durait combien de temps ?

 

Vincent : Pendant la chimio, les entrainements allaient rarement au delà d’une heure. C’était de l’ordre de 30 min à 1h, à une allure plutôt modérée. Le but n’était pas de me mettre minable. Nous courrions toujours tout les deux avec Léa. Puis je me suis inscrit dans un club de sport adapté sur Caen (Cap’Sport), où je faisais plusieurs entrainements de sport collectif, trois fois par semaine. Je faisais donc environ 10 heures d’activité par semaine. Pendant les rayons, j’étais en plein dans la préparation du marathon. J’avais déjà un bon niveau. J’ai fait des trails où je terminais dans le premier quart de la course. J’étais très content. Le volume avait augmenté, et je courais régulièrement 15 kilomètres pour préparer le marathon. Je suis monté à 23 kilomètres au mieux, et c’était insuffisant au niveau du foncier. Je l’ai senti le jour de l’épreuve.

 

– Au niveau de la fatigue ça se passait comment ?

 

Vincent : Je dormais le jour de mes injections. Le lendemain j’avais la gueule de bois, et le surlendemain, j’essayer de sortir. Une balade ou du sport. Après quoi j’étais quelqu’un de normal.

 

– As tu eu des douleurs osseuses ou as tu été épargné ?

 

Vincent : J’ai eu des injections de Granocytes, pour booster les globules blancs. Et comme beaucoup de monde, j’ai eu mal dans le bas du dos. D’autant que la course à pied n’est pas un sport très doux à ce niveau là. Mais ce n’était pas invivable. Comme je n’ai jamais vraiment arrété le sport, j’avais le corps dans un état correct. J’ai perdu du poids et du muscle avant le traitement, mais quand j’ai retrouvé une condition, la vie était plus facile.

 

– Et, en mai 2017 tu as participé au marathon du Louvre. Pour toi qu’est ce que ça représente ? Est ce une revanche sur la maladie ? 

 

Vincent : Vu que j’étais plutôt en forme, on décide de m’inscrire à un marathon. Celui de la route du Louvre en mai 2017. Je me dis que c’est deux mois après la fin des mes rayons, que je devrais être tout juste en rémission (je l’étais depuis 3 semaines au départ de la course). Donc je m’entraine en conséquence. Un peu trop sans doute. A un moment, mon corps a dit stop. Je me suis reposé, et finalement j’ai pu prendre le départ du marathon. L’annonce de la rémission m’a fait du bien, mais ma vraie finalité, c’était la ligne d’arrivée à Lens, après 42 km de course. Je ne pensais qu’à ça depuis des mois. Le simple fait de me savoir blessé me faisait déprimer. Je n’avais que le sport dans mon quotidien. C’est une sorte de revanche oui, mais je n’en veux à personne, pas même à la maladie, celle que j’appelais « le patron », car c’était elle qui faisait la loi. J’étais juste content de me retrouver. J’ai fini par virer le patron.

 

– As tu pris des compléments alimentaires pour t’aider durant les traitements ?

 

Vincent : Je n’ai jamais voulu toucher à cela. Je n’en pense pas beaucoup de bien et Léa pense la même chose. J’ai seulement fait une cure de magnésium avant le marathon pour prévenir les crampes. Rien de plus. Le corps n’a pas besoin de cela. Je pense que c’est une vaste fumisterie commerciale. Les compléments sont utiles à ceux qui font des régimes et se privent de certains aliments. Mais c’est regrettable, car il vaut mieux manger du boudin noir que de se doper de pilules pour le fer. Il faut dire que dans l’assiette, c’est aussi plus apetissant. Avec Léa nous avons adopté une alimentation plus saine, riche en légumes, et nous mangeons de tout, dans des quantités raisonnables.

 

– Récemment vous avez lancé votre site « malades du sport ». Expliquez nous le concept.

 

Léa : Il s’agit d’un site d’information, c’est-à-dire journalistique (avec des sources fiables, des informations vérifiées…), consacré au sport-santé. Il est né de la volonté d’informer les patients, mais aussi de sensibiliser, parfois, le corps médical, sur l’action que peut avoir l’activité physique dans le traitement des maladies. Notre idée n’est pas de dire : « faites du sport, c’est bien », mais d’expliquer pourquoi ça peut être bénéfique dans tel traitement, et pourquoi il faut peut-être faire attention dans d’autres cas. C’est de parler des initiatives d’associations, de mutuelles, de municipalités (comme pour le sport sur ordonnance à Strasbourg), c’est d’interroger des chercheurs sur les études en cours, les médecins sur la place du sport à l’hôpital… Nous espérons surtout être capables d’expliquer les choses sans trop les simplifier, les vulgariser ; nous voulons être pédagogues et complets.

 

– Pour finir, quels sont vos projets à venir ?

Léa : Le site Internet est censé être le prélude d’un autre projet, plus ambitieux : la réalisation d’un documentaire. Je dis plus ambitieux car nous venons tous les deux de la presse écrite – écrire des articles, on sait faire, réaliser une oeuvre audiovisuelle, pas trop. C’est d’ailleurs en partie pour cela que nous nous sommes mis à la vidéo sur notre site Internet, afin d’être mieux préparés aux notions de cadres, de scénario, d’enchaînement des plans. Pour la suite… On sait qu’on ne pourra jamais vivre de notre site Internet – ce n’était d’ailleurs pas notre but à la base. Mais il devrait pouvoir nous servir auprès de nos futurs recruteurs. Nous aimons tous les deux le format long, la presse magazine, mais peut-être aurons-nous envie, dans quelques mois, d’un rythme de publication plus soutenu ?

Retrouvez toutes les informations sur leur site http://www.maladesdesport.fr

Mais aussi sur les réseaux sociaux :

Facebook : https://www.facebook.com/maladesdesport/

Twitter : https://www.twitter.com/MaladesDeSport

Instagram : https://www.instagram.com/maladesdesport/

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