Interview n°48 : Anne Sophie

Salut, Salut, moi c’est Anne-Sophie, 27 ans et j’habite dans le 77 à Savigny-Le-Temple. Après mes études, j’ai voulu « prendre le large » et voir du pays. Je suis donc partie faire un mini « tour du monde » d’un an et trois moi : Emirats, Nouvelle-Zélande, Laos, Cambodge, Vietnam, Philippines, Singapour et l’Australie. J’avais d’ailleurs prévue de ne pas m’arrêter là mais le destin en a décidé autrement. J’avais depuis quelques mois des douleurs de temps en temps au niveau du médiastin, qui apparaissaient et disparaissaient aussitôt mais rien d’alarmant (le stress je me disais). En Australie, j’ai commencé à être fatiguée avec un mal de gorge constant. Au bout de 6 semaines, j’ai décidé de prendre rendez-vous avec un médecin. Ce même jour j’ai remarqué une petite boule dans mon cou : Aïe, une boule !… J’ai donc consulté internet qui me ramenait presque à chaque fois à la même conclusion : un cancer … nan …. et puis Doctissimo ça vous annonce un cancer pour tout et rien donc bon…
L’heure de la consultation chez le médecin arrive. Pour lui rien d’inquiétant. Il me donne un cachet à prendre pendant 1 semaine en me disant que la boule devrait disparaître. Euh, pas de prise de sang, pas d’examens ? Ok… Sauf que 3 jours plus tard, la boule avait grossi ! Rebelote chez le médecin qui ne s’inquiétait toujours pas. Face à mon insistance, j’ai eu une ordonnance pour un examen. La vie avait repris son cours mais j’étais très inquiète, je sentais que quelque chose n’allait pas. Les douleurs au niveau du médiastin s’accentuaient et mon examen n’avait lieu que 2 semaines plus tard. Je me suis donc rendu à l’hôpital. J’ai décrit mes symptômes et 5 minutes plus tard je me retrouvais sur un brancard avec une prise de sang en cours et une radio prévue dans la foulée. 5 minutes après cette radio, je voyais le médecin qui m’avait pris en charge arriver, une boite de mouchoir à la main avec un autre médecin et un homme en costume ! Hummmm, ça ne sentait rien qui vaille … Je pense avoir eu une des annonces les plus rapides sur Terre : « It’s a cancer » ! Mon cerveau a du bloquer quelques secondes avant de réaliser ! Nan mais je suis juste venu pour des petites douleurs à la poitrine hein ! J’ai baragouiné quelques mots en franglais avant de fondre en larme. J’étais anéanti et rien me pouvait changer ça… enfin presque. En voyant mon fiancé arriver et pleurer comme une madeleine pendant 1h j’ai su que nous ne pouvions pas être 2 à déprimer !
C’est d’ailleurs dans ce genre de situation qu’on réalise que notre famille nous manque, sa maison, ses amis… j’étais pour la première fois pressée de rentrer… l’annonce de ce cancer avait décuplé les douleurs au médiastin. Je pensais ne pas rentrer vivante mais il fallait que je tienne bon, que j’y arrive.
Et là, la machine s’est mise en route : IRM, ouverture d’un dossier pour rapatriement, contacter mes parents, mes beaux-parents, vendre le 4×4 que nous venions juste de finir d’aménager pour partir en road trip… il faut rentrer et vite !…Bon ok mais en business class du coup (ça c’était vraiment cool)
Nous qui avions imaginé plusieurs possibilités pour notre retour (surprise ou organisé), j’ai déchanté ! Mes parents m’ont récupéré à l’aéroport pour m’emmener directement à Gustave Roussy qui m’avait réservé une chambre… Pas de raclette, pas de maison mais des examens à la pelle ! Youpi ! Même la météo n’était pas de notre côté : pluie, froid, grisaille, alors que quelques heures avant nous étions en short !
J’ai passé une semaine dans cet hôpital qui a été très sympa de laisser mon fiancé dormir avec moi chaque soir. J’en garde d’ailleurs le souvenir d’un homme assez âgé dans la chambre d’â coté qui s’est mis à crier une bonne partie de la nuit par peur de mourir… (Anne-Sophie ne panique pas, ne panique pas…)
Quelques jours après la biopsie, le verdict tombe : lymphome de Hodgkin stade II (un coup potentiellement stade 4, puis stade 2, puis de nouveau stade 4 pour au final finir sur un stade 2) ; 4 cures d’ABVD* prévues + radiothérapie.
Avant de débuter le traitement, j’ai eu le droit à 2 ponctions de mes ovocytes car la 1ère n’a pas été assez concluante. Normalement, la chimio ABDV ne rend pas stérile mais à ce moment-là les médecins n’étaient pas fixé sur mon stade et donc sur le protocole qui serait mis en place.
En parallèle, j’ai commencé à me renseigner sur les aides notamment financières auxquelles je pouvais prétendre. Résultat : rien ! : J’avais démissionné de mon précédent emploi pour partir à l’étranger, je n’avais pas travaillé en France depuis 1 an et l’actualisation de mon dossier bloquait au niveau de la CAF. Une seule solution, travailler !
J’ai eu de la chance de trouver rapidement grâce à un ami responsable qui recherchait des intérimaires pour l’été. Pourtant ce n’était pas gagné car je n’ai pas caché le fait que j’avais un cancer et que j’étais sous traitement car de toute façon, il me fallait une absence autorisée un mardi chaque 15 jours. Et pourtant en l’espace de 3 jours, 3 responsables m’avaient contacté pour rejoindre potentiellement leur équipe ! Il s’agissait d’un travail en bureau, rien de physique. J’ai commencé à travailler le lendemain de ma 2ème chimio. J’avais tellement peur de ne pas tenir, de ne pas faire bonne figure, que mes collègues remarquent quelque chose … Au final, tout s’est très bien passé. Alors oui parfois, quelques désagréments, notamment des petites nausées et de la fatigue mais je m’étais un point d’honneur à ce que personne ne se doute de rien. Non pas que je m’en cachais, mais je voulais prouver que même avec un cancer, il est dans certains cas, possible de travailler comme une personne Lambda.
J’ai donc effectué mes 4 cures d’ABVD en travaillant sauf le jour de chimio. Celui-ci était particulièrement difficile notamment à cause des nausées mais dans l’ensemble cela s’est plutôt bien passé. Dès le lendemain, j’étais de nouveau opérationnelle. Le fait de travailler m’empêchait de me concentrer sur moi-même et me faisais oublier la maladie. Dans mon cas, cela a été très bénéfique.
Pendant cette période de chimiothérapie, j’ai croisé mon ancienne responsable d’un précédent travail. Elle recherchait une personne pour rejoindre son équipe Marketing en CDI. Une nouvelle fois j’ai indiqué être en traitement et passé divers entretiens. Et me voilà aujourd’hui, chargée de Marketing chez Carrefour Voyages en CDI (Champagneeeeee !)
Je suis actuellement en radiothérapie à Orsay depuis 1 semaine. Je fais celle aux protons. Tout se passe bien même si je monte en pression à chaque séance : Je me répète constamment « ne respire pas, ne bouge surtout pas, ne te contractes pas, gonfle bien tes poumons ». C’est effectivement un peu fatiguant de jongler entre le travail et la radiothérapie chaque fin de journée mais je m’en sens capable.
Ma famille notamment mes parents et beaux-parents mais surtout mon fiancé me soutiennent énormément. Mais aussi mes amis, mes anciens et nouveaux collègues… Dans l’ensemble, j’ai eu de très belles surprises, j’ai redécouvert certaines personnes durant cette épreuve.
Il y a quand même 2-3 petites choses sympas avec un cancer : les gens vous répondent très facilement « oui » que vous ayez envie d’une raclette en plein mois de juillet ou que vous souhaitez adopter un chien (Oui j’ai osé !). Avoir une très bonne excuse pour ne pas préparer le repas, ne pas faire le ménage (testé et approuvé à 100%) et même faire taire instantanément une personne qui ne fait que se plaindre constamment (pas testé mais je le garde en stock).
Assez parlé du passé ! J’ai beaucoup de projets à venir : valider ma période d’essai, acheter une maison ou un appartement, faire des enfants (d’ici 2/3 ans si tout va bien), me marier, continuer de voyager mais surtout être HEUREUSE !
Grâce à ce lymphome, je me suis rendu compte que la vie ne tient vraiment qu’a un fil. Je relativise beaucoup plus qu’avant (sauf dans les bouchons grrrrrr). Je suis contente d’être en vie et espère avoir encore de nombreuses années devant moi. Je vous souhaite d’ailleurs la même chose à tous. Vous êtes des guerriers et des guerrières, ne lachez rien !
Et le mot de la fin : longue vie à la page « Lymphome & Cie »

Lexique :

ABVD : Validée en 1982, protocole standard de première ligne pour les formes à masse tumorale faible. Le traitement se fait en ambulatoire et permet de guérir la majorité des patients avec une toxicité limitée.
Le protocole se compose de :
– Adriblastine (Doxorubicine)
– Bléomycine
– Vinblastine
– Déticène (Dacarbazine)
Il y a deux perfusions intraveineuses identiques à J1 et J15. L’administration dure environ 3h et se fait en hôpital de jour.

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